Myako – Interview curieuse et podcast animal

 

Myako a sorti son premier titre en 2010, mixe depuis plus de dix ans et la première soirée qu’elle a organisée remonte encore plus loin dans le temps. Pourtant, il y a encore cet enthousiasme de la première heure dans les nombreuses aventures musicales que la jeune femme entreprend. Cette curiosité intarissable, une rare humilité et un fin sens de l’humour en font une animatrice, productrice, DJ et un personnage hauts en couleur. A moins qu’ils ne soient plusieurs personnages dans la galaxie Myako ?

A l’occasion de son dernier EP White Tiger, Anais nous ouvre les portes de son imagination débordante le temps d’une interview et partage généreusement une vision de sa délicieuse passion à l’occasion d’un podcast pour Midi Deux.

 

Coucou Myako ! On a beaucoup aimé ton dernier EP sorti chez Nona Record, un label tchèque. Peux-tu nous en dire un peu plus sur celui-ci ?

 

Le label est associé à une marque de synthés appelée Bastl et qui a été fondée par une grande famille très productive, basée à Brno en République Tchèque. Pour leur projet de fin d’étude aux Beaux Arts, Vaclav et Ondreij, qui sont tous deux musiciens, avaient en tête de construire des instruments. Ils ont développé des modules avec une interface en bois. Les tous premiers ont été fabriqués dans leur cuisine, avant qu’ils ne s’installent dans le « Bastl Kastle » au cœur de la ville de Brno. Dans ce grand bâtiment, chaque étage est dédié à une étape de la construction : développement des synthèses, chaine de montage, design, communication et workshops.

Les fondateurs de Bastl ont décidé de créer Nona Record pour promouvoir la scène musicale locale et produire les artistes avec lesquels ils collaborent, tels que Robert Aiki Aubrey Lowe et Pete Edwards. Issu de la scène New Yorkaise du bending, ce dernier s’est installé à Brno il y a deux ans avec sa géniale marque de syntés Casper Electronics. Edwards a notamment développé le Bit Ranger et le Dude pour Bastl et sa musique est plutôt noise expé dans la veine de C_C alias OD Bongo.

J’ai fait la rencontre de cette formidable team par l’intermédiaire de mon ami musicien et ingé son, Alexis Martin, alias Dishmo. Après les avoir rencontrés il y a quatre ans pendant la Messe en Allemagne, Alexis est parti s’installer à Brno – aujourd’hui il y a son studio de mastering et masterise les sorties du label. Il s’est dit que ces petits animaux et leurs projets me plairaient et il n’a pas eu tord … Quand j’ai découvert leur concept et leur vision de la musique j’ai tout de suite été séduite. Bastl est un vaste laboratoire  d’échanges et de connaissances du futur!!  Leurs vidéos de présentation sont fantastiques, j’avais enfin trouvé des tutos accessibles, clairs, drôles et smart. Ils ont la capacité d’expliquer la synthèse de manière plus ludique que la plupart des vidéos sur le sujet.

Il y a trois ans, les membres de Bastl sont venus faire un workshop chez Modular Square et je les avais invités pour mon show BluePanther sur Rinse France. Ils ont présentés leurs machines et fait un live. Par la suite ils m’ont invitée à jouer mon live pour leur Festival de Bending qu’ils organisent chaque année à Brno. J’ai pu rencontrer toute la famille de petits animaux puis j’ai sorti un track « Les Animaux Héroïques » sur la première compilation du label.

 

 

 

Tu es donc partie en résidence chez eux ?

 

J’avais besoin de trouver un autre endroit que mon studio à Paris où je pouvais poser mes machines pour bosser sur mes productions. Depuis longtemps Ondreij avait envie de faire des résidences d’artistes avec Bastl, il m’a donc proposée de venir à Brno pendant un mois. L’objectif était de mieux comprendre les principes des systèmes modulaires et de composer une pièce sonore qui est finalement devenu un EP.

Ils ont mis à ma disposition un studio entièrement équipé, qui à l’origine était leur show room et shop « Noise Kitchen » juste à côté du Bastl Kastle. Il y avait un grand rack de modules, des machines (synthés, boite à rythmes et effets) de différentes marques avec lesquelles ils collaborent comme par exemple Snazzy, Mfb, Elektron, Moog, Squarp …. Pour me diriger parmi tous ces câbles, l’équipe (tout particulièrement Leos alias HTRL et Tarras) était disponible pour m’aider à faire face à des cas compliqués.

J’ai  enregistré les textures et les sons de l’EP avec  les modules de Snazzy une marque americaine bien noisy. J’ai beaucoup utilisé le Rings de Mutable Instrument une marque française. Un peu de Ms 20, de l’Analog 4 de Elektron et de la synthèse granulaire avec le Mikrogranny. Le morceau de l’EP, du titre éponyme White Tiger, est un hommage à leur sampler, le Mikrogranny. J’ai utilisé un des samples marquants de cette machine qui très simplement est l’hymne de libération de la République Tchèque.

 

L’univers que tu as créé autour de ta musique semble très animal et coloré avec des expressions comme Spider Monkey, White Tiger et Blue Panther ? Il y a aussi cet esprit un peu jungle dans le morceau Spider Monkey et White Tiger avec les field recordings qui semblent provenir d’une forêt tropicale au début du morceau. Est-ce que la nature est quelque chose qui t’inspire pour ou en parallèle de ta musique ? Et si oui, de quelle façon ? 

 

Petite j’étais très solitaire. Pendant un temps, nous vivions au Burkina Faso avec ma famille et les animaux étaient très présents dans mon environnement. J’ai depuis toujours attitré des animaux totem à mes amis. Le Spider Monkey est un singe d’Amazonie qui est très compliqué à observer mais que l’on peut entendre facilement, il vit au sommet des arbres. Le White Tiger représente le grimpeur des glaciers. Blue Panther c’est l’animal discret et rapide qui écoute et voit tout.

Quand je suis arrivée en République Tchèque, je revenais d’un voyage dans les montagnes et la jungle Bolivienne, donc je sentais encore l’atmosphère des montagnes et j’avais encore en mémoire les images et les souvenirs sonores. Les voyages, la nature mais aussi les espaces urbains sont des sources infinies d’inspirations pour moi. Mon objectif est de reproduire musicalement les émotions que l’on ressent quand on grimpe une montagne ou lorsqu’on est sur une pirogue et que l’on rentre dans le corps de la forêt majestueuse ou encore quand on est au dessus d’une falaise face à l’océan. Bref la nature domine nos émotions.

 

 

Le morceau Spider Monkey a une très belle énergie. Est-ce que tu as eu l’occasion de le jouer en club ? Ou d’entendre quelqu’un le jouer ? 

 

J’ai pu le tester dans différents clubs et différentes ambiances. L’intro peut inviter à une écoute calme et posée mais le kick breaké peut aussi sembler plus dance floor. Il y a une forme d’ambivalence dans ce morceau que j’aime bien. Il retranscrit un peu l’ambiance de  la jungle, le calme parfois inquiétant mais souvent apaisant.

 

Le titre Huayna Potosi emprunte son nom à une montagne bolivienne, pourquoi ce choix ?

 

L’Huayna Potosi est un sommet glacé de 6100m près de La Paz que j’ai gravi l’année dernière. Ca a été un moment marquant. Du haut de cette montagne, on peut observer beaucoup de choses comme le lac Titicaca, la chaine des Andes. Face à ce paysage magique et entouré de ce grand silence mystique, on ressent grande sensation d’apaisement. En  composant ce titre  j’avais ces images en tête et les textures me rappelaient  cette atmosphère : le son des crampons sur la glace, le bruit du vent

 

Plusieurs morceaux de l’EP sont assez ambient et expérimentaux. Vas-tu continuer à produire des choses sous l’alias Bluereed ? 

 

En composant ces titres j’avais envie  de raconter l’histoire d’un voyage à travers la Jungle amazonienne et  la magie des montagnes. L’idée de ce projet est de laisser aux fréquences le temps de s’étirer et de raconter,  de pouvoir  écouter en fermant les yeux et d’imaginer ces paysages mystiques.

Je continue à travailler sur des projets sous l’alias Bluereed mais pas que,  il y a d’autres personnages qui émergent bientôt. J’aime beaucoup l’idée d’avoir différents alias sans préciser qui est l’artiste derrière le masque. Ca laisse une liberté de création infinie, inventer des personnages fictifs permet d’être complètement libre.

 

Cela fait presque dix ans que tu sors de la musique, comment ton rapport à la production a-t-il évolué ?

 

Je pense que l’on a tous un rythme différent et qu’il faut le respecter. Pour ma part j’aime observer un projet prendre forme, prendre le temps, de la distance et y revenir. Parfois il y a des projets qui se composent instinctivement et en une prise. Avec le temps j’ai appris à comprendre mon rythme de production, j’ai appris à être patiente, à laisser les graines pousser ce qui me rend finalement plus productive.

Il y a plusieurs sorties à venir. Il y aura un projet expé électronique guitare noise avec Benjamin Miller et ses guitares trafiquées, Stephanie Boubli à la  voix et moi au modulaire. Ben Miller est un grand  guitariste de Chicago qui a notamment joué avec les Stooges. Il travaille actuellement avec Frank Vigrou et Stephanie de Supernova. Il y aura également un autre projet pour la première sortie du label de Piupiu, avec Geena, Aleqs Notal et moi-même.  Ce sont des edits que j’ai composés avec les archives sonores du Quai Branly sur la tribu Uruguayenne, les Churuas.

 

Quelles sont les choses qui t’inspirent en ce moment en tant que DJ ? Y a-t-il des choses que tu joues régulièrement dans tes sets ou des découvertes que tu as envie de partager ?

 

En ce moment je diggue pas mal de cosmic noise disco, d’industrial dub et de UK  actuelle car je trouve que cette scène est riche et innovante. Celle de Bristol est prolifique par exemple, avec le label Oscilla Sound sur lequel E-Unity a signé sa première release et qui d’ailleurs sort un super EP sur le label d’Oxyd, Intramuros. De l’autre côté de l’Atlantique, il y a Jlin signée sur Planet Mu, elle fait une espèce de Trap Break, telle une amazone sauvage. C’est intense et si classe ! Je replonge pas mal dans les collections de la scène Dusseldorf dont Toulouse Lowtrax est un très bon représentant, la lenteur de ses productions est si belle. Cela me fait revenir pas mal sur mes premiers coups de coeur comme le label de Pole, Scape ou des artistes comme Kit Clayton.  Et puis, il y a notre chère Beatrice Dillon ou des choses plus cosmic et binaires avec  les prod de Raymond D.Barre ou un bon OD Bongo de chez Serendip.  Bref c’est infini !!! Le 3.14 du Dj.

 

Pour finir, tu as récemment rejoint l’équipe de Qui Embrouille Qui avec AZF. Peux-tu nous parler de ta relation artistique avec elle et de la manière dont vos deux univers se répondent ?

 

Oui, j’ai rejoint la douce équipe de QEQ, pour une expérience humainement belle même si nous avons tous des identités bien distinctes. Avec AZF on se soutient depuis pas mal d’années maintenant. C’est une des artistes de la scène techno française que j’admire beaucoup, non seulement pour sa musique mais aussi pour son engagement, le respect qu’elle a de nos aïeuls musiciens en préservant les principes de ce qu’ils ont défendus pour que la fête devienne libre. Elle n’hésite pas à promouvoir et soutenir  la scène underground avec une vraie sincérité. J’ai rencontrée AZF quand je suis rentrée de Berlin pour m’installer à Paris. Nous nous sommes retrouvées sur pas mal de line-up, Les corps Vs Machine, à la Machine etc. Plus tard quand elle a eu sa résidence Jeudi Minuit à la Java, elle nous a proposé à moi et Céline d’en faire partie, puis depuis elle m’a bookée pour la première édition de QEQ à la station l’été dernier. Quand elle m’a parlée de son idée de refaire une seconde édition en proposant une tournée avec les résidents du festival j’ai dit feu direct !!!

 

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