Laurent Garnier

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Avant sa représentation du LBS (Live Booth Session) à Rennes, Laurent Garnier, roi des comparaisons, fait un petit bilan sur la tournée de l’album Tales Of Kleptomaniac et nous parle de ses futurs projets. Rencontre dans la cafétéria de son hôtel. 

 

Pour commencer, un petit bilan de la tournée de l’album Tales Of Kleptomaniac ?

 

Je suis extrêmement positif. Quand on a commencé il y a 18 mois, je me sentais assez figé vis à vis de  l’album. J’avais déjà tourné avec les musiciens avec qui j’étais, je commençais donc à pas mal les connaître. Le nouveau venu sur ces tournées était Scan X, mais il nous suivait déjà depuis un petit moment. Le but est de créer une énergie qui passe entre tout le monde, une petite famille à l’intérieure de laquelle  tout se passe bien. On était quand même 9 sur la tournée.

 

Comment s’est-elle créée cette famille ?

 

Je travaille de cette façon: à partir du moment où j’ai trouvé la bonne personne, je cherche à travailler avec elle pendant très longtemps. Je prends l’exemple de Philippe Nadaud, ça fait maintenant 12 ans qu’on bosse ensemble. Et voilà, petit à petit je rencontre des gens, je me sens bien avec eux et j’ai l’impression qu’on va construire quelque chose, alors je reste avec eux. Je dis toujours qu’il ne faut pas changer une équipe qui gagne. Donc au départ de la tournée, chacun essayait de trouver ses marques et ça c’est finalement fait très facilement, on a tout de suite commencé à travailler, il n’y a pas eu de moment d’adaptation. Au bout d’une dizaine de concerts, on s’est dit “voilà on le tient, on voit ce qui merde, ce qui va bien”, on a commencé à prendre les pièces du puzzle et à tout re-mélanger comme on fait toujours sur une tournée. On avait une tracklist qu’on pensait pseudo-logique et puis on a fini par raccourcir des morceaux, en rallonger d’autres, et à partir de là on a commencé à faire de la musique.

 

On a quand même l’impression quand on voit les concerts que tu as une présence similaire à celle d’un chef d’orchestre.

 

Oui, justement à partir de là j’ai commencé à prendre les rênes car je pense que tout le monde avait besoin d’être un peu dirigé. C’est un truc que je n’arrivais pas à faire avant, diriger les gens mais aussi savoir les lâcher. Alors qu’avant il y avait trop de libertés et rapidement je crois avoir trouvé une bonne façon de leur parler. Chacun a trouvé sa place assez naturellement. On commençait à faire des morceaux de quinze minutes qui à l’origine en faisait cinq. Il y avait une espèce de liberté et on a structuré nos morceaux et à partir de là. C’est devenu la base de LBS, d’avoir une musique complètement expansible. Quand je dis expansible, je vois vraiment le pantalon où tu peux rentrer un peu n’importe quelle forme de gabarit, on a commencé à étendre, détendre, remanier la totalité les morceaux.

 

Mais là tu es à ton avant dernière date de l’année pour le LBS et tu reprends une série de date l’année prochaine. Pourtant en juin 2009, tu prévoyais de tourner le film fin 2010. Est-il encore à l’heure du jour ?

 

Alors je vais te dire, on en est très loin. En réalité, je découvre le monde du cinéma. Quand on travaille dans le monde du disque on a l’habitude de travailler sur des échéances d’un an et demi environ, pour un film c’est plutôt 5 à 6 ans, et ça je ne m’en était pas rendu compte. J’ai rencontré la réalisatrice qui voulait faire un film sur mon livre Electrochoc il y a cinq ans. On a mis un an et demi avant de se mettre d’accord puis on a commencé à écrire un scénario avec David, celui avec qui j’ai écris le bouquin.  Deux ans et demi plus tard on a eu l’impression de faire fausse route, car au départ on ne voulait pas refaire le bouquin, on était parti sur une fiction, mais on a tellement écrit qu’on est arrivé à un truc qui n’avait plus rien à voir avec Electrochoc. Ensuite on s’est fait planter par un réalisateur, on a mis un an à en retrouver un, puis exactement le même cycle on se fait replanter. Bref, on a perdu deux ans.

Si tu veux, là on a trouvé quelque chose, je touche du bois, mais avant le 15 janvier je n’en saurai pas plus. Toujours est-il qu’on a rien signé donc on est loin de tourner. Mais apparemment, l’échéance de 5 à 6 ans pour un film c’est tout à fait normal, chose qui me paraît complètement barjot, j’ai l’impression d’être avec une bagnole: je roule super vite et hop, elle cale.

 

Justement tout ça ne t’a pas donné envie d’arrêter ?

 

Plein de fois mais d’un autre côté, je me dis que ce serait le seul truc comme ça que je ferai dans ma vie. Pour l’instant je me laisse porter par la vague. Si ça ne se fait pas ce n’est pas grave, je n’y ai pas passer des mois et des mois mais si ça se fait, je vais essayer que ça se passe le mieux possible.

 

Et ce rôle de chef d’orchestre ne te manque pas dans ce projet ?

 

Pour le moment, j’en ai de la liberté! Mais à partir du moment où on aura signé avec un réalisateur, on va décider de ma liberté. Moins je serais libre, moins je vais m’impliquer, et moins je vais m’impliquer, moins je vais rentrer dans le projet mais il y aura des closes très précises. Moi, l’idée de départ c’est de pouvoir défendre le film quand il sortira, mais c’est vrai que j’aime bien avoir la main sur les projets.

 

Justement si on veut faire le tour de tes projets, il y a It Is What It Is depuis un an. Tu y trouves ton bonheur ?

 

Ça fait 20 ans que je fais de la radio, même plus que ça, j’ai commencé à 14 ans à faire de la radio. J’y trouve mon bonheur parce que je suis libre.

 

“It Is What It Is” website

 

C’est ce qui est bien pour nous, on n’a pas cette espèce de règle avec la radio, formatée pour des morceaux de 3 minutes. 

 

Non je n’ai pas de règles. On me laisse une heure pour pouvoir m’exprimer, j’en profite. Le seul truc que je veux c’est avoir carte blanche. A partir de là, si on me dit que je peux jouer Tata Yoyo pendant une heure, oui j’en profite. Et ce serait con de ne pas le faire.

 

Avec It Is What It Is, tu es vachement penché sur les découvertes.

 

L’idée du Mouv’, c’est d’avoir un public relativement jeune et ouvert, alors je peux utiliser un vieux Bowie avec un bon dubstep, de soul électronique comme sort Gilles Peterson sur Brownswood, du Hip Hop, etc.. Et pour moi c’est vraiment une heure où j’essaie de jouer autre chose que ce que les radios nationales proposent. On continue jusqu’en juillet. Mais pour moi It Is What It Is c’est un PBB habillé avec un petit peu plus de morceaux techno actuelle.

 

Laurent Garnier – Tales of a Kleptomaniac

 

Je reviens sur ton album Tales Of Kleptomaniac. Un peu comme dans ta radio, on retrouve plusieurs types de sonorités, que ce soit blues, africaines, hip hop.

 

C’est moi. C’est être sincère. Hier, j’ai passé une journée seul à la maison, j’ai dis à ma femme “j’veux juste être tout seul avec mes disques.” J’ai passé ma journée à écouter de la musique. Alors j’ai écouté un album de Radiohead, une compile de Jazz que m’a fait Gilles Peterson, un vieil album de Flying Lizard, tu connais ça? “That’s what I want, I want money”, cette espèce de groupe des années 80 super bizarre. Donc une journée de bonheur pour moi, ça a été ça. Donc forcément en tant que DJ, si je peux jouer du hip hop, je vais le faire. Et même dans l’univers techno, dans mes productions, je ne reste pas que sur de la minimale ou de la deep house. Pour moi la musique ça ne doit pas se ranger dans des boites. C’est comme la bouffe, est ce que tu manges du poulet matin, midi et soir?

 

Presque.

 

Eh ben tu dois vraiment te faire chier parce que franchement, il y a plus de choses dans la vie. Non mais c’est exactement ça. C’est comme si on te disait “ton régime, c’est que tu dois manger que des oeufs et du poulet”. Donc en musique, “écoute que de la techno entre 120 et 122 bpm”. Superbe. C’est comme si on te disait t’as le droit de regarder que des films de kung-fu dans ta vie. Ah bon ? Oh bah c’est limité quand même! La musique ça ne s’arrête pas à un tempo, à une sonorité, sinon c’est chiant donc il faut de tout pour avoir du relief.

Un jour j’ai fait une tournée avec Jeff Mills qui s’appelait Music. L’idée c’était de jouer tout sauf de la techno mais tout ce qui nous a emmené à faire de la musique. On avait un truc pré-défini, on faisait une émission de radio un soir et le lendemain on faisait un club. Un soir, au bout de cinq heures, on a joué des morceaux de techno en se rendant compte que ça pimentait vachement le set et que ça n’avait jamais sonné aussi bien que mélangé avec autre chose. Donc pour pimenter un set, il faut une certaine ouverture.

 

Et tu ne crois pas, quand on regarde les clubs en France, qu’il faudrait créer une infrastructure plus libre au niveau de la programmation?

 

Tu as des lieux qui le font, mais il y a un thème et ça devient le truc sectaire. On se dit “si on ne joue pas de tout c’est pas bien”. Quand tu me parles de ça, je pense à un club à Tokyo, c’est un pote à moi qui joue là bas. A la base c’est restaurant thaïlandais et une fois par mois ils enlèvent toutes les tables et ils mettent un DJ avec une seule platine. Il y a un soundsystem de folie du genre des clubs new yorkais de l’époque où le son était juste sublime. Le mec joue un disque, les gens dansent, le disque s’arrête, les gens applaudissent et il met un autre disque, et ça peut passer du dubstep au rock. Les gens viennent pour danser et écouter. Du coup aujourd’hui, ce n’est pas le fait d’instaurer un endroit pour jouer, c’est plutôt un endroit pour écouter de la musique. Il y a une clientèle plus jeune aujourd’hui qui consomme plus qui n’écoute. Aujourd’hui il y a tellement de choses, et je reçois des tonnes de promos.

 

Tu écoutes tout ?

 

J’écoute absolument tout.

 

Mais pour apprécier il faut avoir le temps ?

 

Oui j’en viens à cela, c’est qu’aujourd’hui on n’écoute plus la musique, on consomme.

 

C’est lié à une génération. Moi, par exemple, un des seuls concerts où j’ai vraiment pris le temps c’est Gilles Peterson, parce qu’il a proposé une playlist vraiment éclectique et originale.

 

Parce qu’il prend le temps justement. Moi je me rends compte que ce qui m’a le plus frustré avec le live de Kleptomaniac, c’est le temps. Et souvent on arrive sur des festivals où il faut les gouacher dès le début sinon le public se casse car il y a plein d’autres trucs. Un set c’est raconter une histoire et ce n’est pas possible en une heure. C’est la base du métier de DJ, d’aller le plus loin possible. Avec LBS, le temps est très important, on n’accepte plus, si on ne joue pas cinq heures. Les gens payent pour te voir alors il faut leur donner ce qu’ils veulent et leur donner le temps de comprendre ce qu’on fait.

 

Dans ton émission tu parles souvent d’aller voir les artistes en concert, tu en fais souvent? 

 

Très souvent oui, le plus souvent possible même. Le dernier, c’était un concert de punk.

 

On a bientôt terminé donc en parlant de temps, tu te voies comment quand tu seras vieux ?

 

Plus fatigué qu’avant et j’aurais mal aux oreilles. Non, je veux voir mon fils grandir. Je cuisinerais, j’aime beaucoup cuisiner. Mais je ne suis pas à l’abri d’arrêter la musique. C’est quand même un métier très fatiguant, les voyages c’est ce qui m’emmerde le plus aujourd’hui.

 

Dernière question, pourquoi avoir arrêter FCOM ?

 

Eric Morand, celui avec qui je partageais le label, en avait marre, il avait envie d’arrêter. Il est parti dans un truc plus spirituel. A un moment il fallait gagner sa vie. Mais récemment on s’est dit “tiens si on ressortait un petit disque ?”. Mais il n’y a rien de sûr, juste une petite réflexion, alors mystère, on verra bien…

 

 En fait, il y a une autre question que je voulais te demander. Back To My Roots est sortie sur le label Innvervisions, ça s’est fait via internet où tu as rencontré Dixon ou Ame ?

 

J’étais en train de mixer au Panorama Bar, c’était la folie, je tenais le public et Dixon devait jouer après moi. Je lui ai dit “c’est impossible là, je continue” et il m’a gentiement laissé jouer 2 heures supplémentaires. Il est allé boire un verre, et j’ai joué Back To My Roots. Là, il est arrivé et a dit “what the fuck?! what is this track ?”, il a voulu signer cette track et on l’a fait directement sur scène.

 

Merci beaucoup Laurent pour cette rencontre, on aurait aimé prendre encore plus notre temps, bonne continuation pour la suite de ta tournée. 

Merci à vous les gars.

Bonus :

Le

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