Label de 2014 : PAN

La scène a lieu dans un grand club, un vendredi soir en novembre dernier, probablement autour de 4h du matin. Lee Gamble est penché sur une installation qu’on imagine complexe, à voir son expression circonspecte et la déflagration sonore que l’on subit. Il y a eu des choses violentes dans cette arène, mais cette déflagration-là est singulière. Je croise le regard d’un « danseur » perplexe qui finit par hausser les épaules et sourire. Je ne suis pas sûre non plus, que mes tympans tiennent le coup, malgré mes épaisses boules Quies. Mon cerveau essaye de concevoir la vitesse de cette chose. C’est exactement comme si on parcourait vingt-cinq ans de rave à travers leurs distorsions chimiques en l’espace d’une seule heure. Première révélation de cette soirée : écouter Lee Gamble au beau milieu du Berghain revient à être propulsé au centre d’une installation d’art contemporain absolument inédite.

 

 

Et puis à Helena Hauff – surnommée The Hauff par tous ceux qui ont, au moins une fois dans leur vie, dansé sur Der Mussolini – d’engloutir cette stupéfaction dans un habile maelström d’EBM, techno et acid. Le physique reprend le dessus, alors que les clubbers sortaient de la radicalité éclatante de Lee Gamble, de l’abstract grime de Visionist, de l’inopinée poésie de M.E.S.H. ou encore du set de Beneath et ses vagues de vobes sur ce « ridicule » sound system. Beneath en 2014, c’est au moins un génial EP (Vobes sur Pan), un label déjà incontournable (Mistry avec Alex Coulton, Facta et Chevel) et tout au long de l’année des sélections de l’espace. Bref, Beneath en apéritif, c’est le champagne de la rave party ! Pour clôturer, excusez du peu, Objekt a prononcé une modeste petite messe de trois heures au sein de laquelle The Stitch-Up faisait figure d’apogée sacrificielle. Deuxième révélation de cette soirée : Pan est le meilleur label de 2014. Et de loin.

 

 

Bien sûr, cette année fut incroyable en terme de petits labels. Mistry, cité plus haut, s’impose déjà, comme un maison à suivre. All Caps et Forbidden Planet sont revenus fort avec quelques rares EPs mais tous absolument exquis. Et puis qui n’a pas définitivement succombé aux obscures sorties de Berceuse Héroïque, leurs posters collectors et leurs mélodies avortées soigneusement sélectionnées par le faussement énigmatique ΚΕΜΑΛ. Quant à nos préférés de l’année dernière, les labels Livity Sound et Houndstooth, on a continué à les suivre sur leur chemin aventureux sans faux pas (voir notamment l’interview avec Livity sound dans Track/Narre et la chronique de Suzi Ecto, meilleur album de l’année). On en oublie, et c’est le jeu, et vous le savez. Mais ce qui me plaît, c’est ce fascinant espace dans lequel tous ceux que nous venons de citer évoluent et au sein duquel ces labels concilient diffusion et réflexion, plaisir et surprise, musique et tout le reste. Dans le cas de Pan, Bill Kouligas et Kathryn Politis sont en charge de l’identité visuelle du label - vinyles transparents, illustrations correspondants aux esthétiques singulières des sorties, multiplication des supports – tout en ayant à cœur de proposer des œuvres abordables, et ce depuis 2008. Mais en 2014, Pan a définitivement intégré la constellation club … sans se fâcher avec le lectorat de The Wire.

 

 

J’ai déjà dit tout le bien que je pensais des albums d’Afrikan Sciences, Circuitous ou encore d’Objekt, Flatland. Et parce que l’agenda de Pan fut particulièrement chargé et varié en 2014, cette fin d’année est l’occasion de revenir sur quelques grands moments.

 

 

Bass Clef – Raven Yr Own Worl [PAN41]

 

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Ralph Cumbers (Some Truths / Basss Clefff) a toujours beaucoup d’idées et elles sont généralement bonnes. Sur cet EP sorti en début d’année, le producteur de Bristol s’amusait avec un synthé, se barrait dans les acids, emballait l’aventure à coup de dub et contre toute attente, au bout des quatre titres on était toujours là. Un an plus tard, à la réécoute de cette petite blague, on se dit que décidément, elle était vraiment de bon goût. Bonus pour la B2, Adventures Unventured-Tenderness Untendered, qu’il vous faudra malheureusement traquer en preview.

 

 

 

Valerio Tricoli – Miseri Lares [PAN44]

 

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L’impression de traverser une installation contemporaine d’art sonore n’est jamais aussi forte qu’à l’écoute de ce double LP de Valerio Tricoli (aux bruits de pas dans Le Qoheleth +, j’aurais juré entendre quelqu’un descendre les marches du Bon Accueil). D’ailleurs, le projet fut présenté une première fois au festival l’Audible à Paris en 2011. L’album superpose plusieurs enregistrements de l’italien, réalisés pendant plusieurs années et dans le cadre de projets individuels et collectifs. En parlant de Miseri Lares, on peut non seulement utiliser sans scrupule des expressions telles que « paysage sonore », « musique concrète » et « album concept » mais aussi faire quelques phrases sur Dante ou HP Lovecraft. Or, malgré cette introduction un peu abrupte et les multiples mises en garde des chroniques (pourtant élogieuses), Miseri Lares est incroyablement agréable à écouter. À aucun moment cet album ne prétend être de la musique et pourtant à chaque seconde, il efface tous les mauvais souvenirs de montages sonores expérimentaux techniquement approximatifs que vous pouviez avoir.

 

 

Beneath – Vobes [PAN51]

 

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Beneath sur Pan, cette collaboration était peut-être la plus improbable. Sauf qu’aujourd’hui, c’est peut-être ma préférée. Sur Bored 2, le jeune anglais échappe à sa fidèle trajectoire en combinant une succession d’alarmes, d’improbables notes de synthés et des sections rythmiques décidément imprévisibles. Sur le reste de l’EP, on reconnaît sa fascination des percussions, des boucles mélodiques et des curieuses lignes de basse mais portée cette fois à un autre niveau. Finalement, en s’autorisant une légère déviation du format club, Beneath a produit pour Pan quatre morceaux qu’on rêverait d’entendre … dans un club.

 

 

 

M.E.S.H. – Scythians [PAN52 + remixes]

 

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Cet EP de M.E.S.H. ressemble assez à ce qu’aurait produit un rescapé du trio SALEM (remember ?) après avoir écouté Rinse FM pendant trois ans et été sélectionné pour une RBMA. Probablement le genre de chose qui n’aurait pu être imaginé que par un berlinois en 2014. Résident à Berlin, M.E.S.H est le co-fondateur (avec Lotic) de Janus, véritable OVNI du paysage musical de la capitale. OVNI, l’acronyme convient plutôt bien à M.E.S.H. qui emprunte partout mais façonne avec soin. Il vient de passer le flambeau à Grovestreet, Lotic, Logos et DJ J Heat qui ont chacun réinterprété Scythians. Le pack de remix n’est certainement pas l’habitude de la maison et il est donc juste d’y voir une proposition sincère (et réussie !) plutôt qu’une vaine tentative de communication et de recyclage comme c’est le cas chez certains labels.

 

 

 

Lee Gamble – Kuang EP Pan 56 & KOCH Pan 59

 

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Lee Gamble est chez Pan comme à la maison. Il y a quelques années, Lee était très actif au sein de la scène de musique expérimentale à Londres, au côté notamment de Bill Kouligas. Le retrouver sur le label de ce dernier, produisant des morceaux de 1 à 15 minutes, sur des tempi variés et à l’aide de processus variables relève de la simple évidence. Kuang et Koch, sont comme deux commentaires parallèles de l’histoire des musiques électroniques dansantes en tant que genre novateur, deux artefacts sensibles et émouvants.

 

 

 

 

            Pan fuit les supports immuables, les étiquettes fixes et même les adjectifs « expérimental » ou « conceptuel » échouent à résumer l’identité du label. L’ambition affichée de Bill Kouligas de ne pas s’enfermer dans un genre n’a jamais été aussi évidente qu’en 2014. Pourtant, toutes ces sorties ont en commun d’adopter un processus créatif original et ce avec une incroyable maîtrise technique. Même le dernier EP de Black Sites (Helena Hauff & F#X) qui vient clôturer cette année, parvient à un parfait équilibre entre distorsions et saturations. On vous laissera d’ailleurs le soin de plonger dans le reste du catalogue, avec notamment Helm et James Hoff en 2014, ainsi que des actions en tous genres. Faire des tops, c’est dur, c’est la torture. Mais pour ce qui est du label de cette année, pas de doute: mon préféré, c’est PAN.

 

 

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