Kowton

Il y a au moins mille raisons de ne pas louper Astropolis, au premier rang desquelles trônent Brest, les copains, les croisières, la musique et la mer. Cette année, on en a recensé mille et une, puisqu’il était absolument hors de question que l’on rate Kowton. Le producteur britannique et membre de Livity Sound mixait le samedi soir dans la cour après notre star locale, Knappy Kaisernappy. À peine remis de nos émotions maritimes – gros bololo bisou à Théo Müller, Calcuta et Voiron – on a rencontré Joe autour d’une bière (enfin, trois).

 

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Midi Deux : Pour nous, l’été commence avec Astropolis. As-tu déjà joué dans des festivals cette année ?

Joe Kowton : Pas tant que ça … Ce soir je joue seul, mais la plupart du temps je me produis avec Livity Sound aux côtés d’Asusu et Peverelist. Et avec Livity Sound, on est probablement perçus comme un peu sérieux. On évolue dans un espace un peu hybride. On ne va pas faire un set full-techno, comme Robert Hood ou Blawan, ni jouer des morceaux joyeux toute l’après-midi comme Gerd Janson.

 

Vous avez d’ailleurs récemment joué en France ?

JK : En mai, nous avons joué à Concrete puis aux Nuits Sonores le lendemain. À Lyon, on a joué dans un jardin avec Goldie, Ben Klock et Shackleton. Un line-up un peu étrange et pourtant, c’était vraiment cool. À Paris, on a joué avec Simo Cell pour la première fois. Il avait envoyé quelques morceaux à Tom (Pev) et au début, je trouvais qu’ils ressemblaient justement beaucoup aux productions de Peverelist. Avec Tom, nous avons donc décidé de les jouer pour les tester et il se trouve qu’ils fonctionnent super bien … Donc on les a signés [Cella Door/Piste Jaune sort sur Dnuos Ytivil ce mois-ci, ndlr]. On ne le connaissait pas du tout mais on a découvert qu’il était aussi un excellent DJ. C’était chouette de le voir mixer à Concrete : il est très jeune mais il a une approche assez mature. Il joue des vieux morceaux, des plus récents et de manière générale il est très enthousiaste ! À Paris, il n’y a pas tant de gens qui jouent ces sons un peu UK. Il y a Seb Oxyd, bien sûr, qui est un super DJ et qui joue pas mal de productions de cette scène. Étrangement, on joue de plus en plus à Paris. La ville est plutôt connue pour sa tradition house et techno et c’est un plaisir de voir que parfois, quand je joue des morceaux breakés, les français deviennent dingues … Même au Rex !

 

 

Oui, il y a une sorte de fascination réciproque. Des français vous bookent et vous signez un français (Simo Cell) ! As-tu l’impression que le son de Livity Sound a eu une certaine influence en Europe ?

JK : Je ne sais pas … En fait, ça nous surprend toujours quand quelqu’un nous montre du respect même si honnêtement, je ne crois pas qu’on nous envie ou qu’on essaye de nous imiter. Cela dit, on essaye de faire quelque chose qui n’a jamais été fait et tant mieux si on peut inspirer quelqu’un.

 

Et donc vous ne recevez pas tant de demos …

JK : Oh si ! Mais elles passent d’abord par les oreilles de Pev … qui a des goûts très précis et surtout les pieds sur terre. Il est capable de dire que tel ou tel morceau sonne comme un vieux Mala ou comme le meilleur de Jeff Mills. Mais il est aussi capable de dire qu’une demo sonne comme un gamin qui s’amuse sur Ableton. Parfois, il faudrait que ça soit un peu plus organique. Je déteste ce cliché selon lequel le son analogique serait plus riche ou les productions sur ordi médiocres. Mais tout repose sur la manière de combiner les sons. Il faut parvenir à immerger l’auditeur dans ce petit univers de sons que tu as créé.

 

 

En parlant de production, combien de temps passes-tu, toi-même, sur un morceau ?

JK : Une éternité ! Peut-être six mois ? Vraiment beaucoup de temps. Les deux derniers morceaux que nous avons produit avec Pev, Signal 3 et Low Strobe, nous ont pris chacun neuf mois. On ne cesse jamais de les changer et je ne sais même pas si cela les améliore. C’était le même processus pour la sortie précédente … D’où ce titre : 21 Versions ! Tant de versions, ça en devient parfois stupide !

 

C’est assez paradoxal parce que la majorité des productions que tu signes ou co-signes, comme avec Ekranoplan, me frappent par leur minimalisme, au sens où elles mettent en jeu peu de sons mais si bien arrangés et produits !

JK : Ekranoplan était mon projet avec Julio Bashmore. Au contraire, lui produit très rapidement. Trois jours lui suffisent pour écrire un morceau. Cet EP a été produit en live et en studio. Les parties au synthé ont été produites avec une Roland Jupiter 8 et les parties rythmiques avec une 909. On avait énormément de bribes que j’ai emportées. Pendant trois mois, mon travail a consisté à supprimer et sélectionner. Mais c’était un processus totalement différent car Julio Bashmore est très vif tandis que Peverelist est la  personne la plus lente. (rires)

 

“Parce que Pev est si douloureusement perfectionniste, j’ai le sentiment que s’il aime quelque chose, on est bons !”

 

Cette vitesse-là dépend des collaborations. Mais comment ça se passe quand tu produis tout seul ? À qui demandes-tu conseil ?

JK : En fait, j’envoie la plupart de mes productions à … Peverelist ! Justement, parce qu’il est si douloureusement perfectionniste, j’ai le sentiment que si il aime quelque chose, on est bons ! D’ailleurs la plupart du temps, ce n’est pas bon. Parfois, je le supplie de sortir quelque chose mais il reste ferme : « Non, ce n’est pas prêt ! » Et si j’insiste, il va me dire « Mh, je ne suis toujours pas fan de ces hi-hats. » Mais dans le fond, je suis persuadé que c’est un bon processus. Le prochain Livity Sound ne sera produit que par moi et je ne suis pas encore certain à 100%. On a passé tellement de temps dessus qu’à un certain stade, je me suis demandé si je n’allais pas tout simplement écrire un autre morceau. Avant, j’avais davantage confiance en moi. Mais si tu ne sors qu’un EP par an, il faut qu’il soit vraiment bon.

 

Il t’est arrivé de regretter une sortie ?

JK : Tout le temps ! (rires) Littéralement, tous les jours, je le jure. J’envie les gens très déterminés, comme Joy Orbison qui passe un temps fou sur ses productions. C’est le genre de musiciens dont tu sais qu’aucune sortie ne serait à jeter, et ce même si tu ne les aimes pas toutes.

 

Tu sors bientôt un morceau [T 03] sur Herskull [Berceuse Héroïque x Happy Skull]. Est-ce que c’était une production que Peverelist ne voulait pas signer ?

JK : (rires) En fait, il me semble qu’il ne l’avait pas entendue ! C’est un vieux morceau, je crois que je l’ai produit il y a trois ans. C’est simplement une production avec une 909 et un Sherman Filterbank. Pendant un moment, il était question que Pariah le sorte sur Sheworks, le label qu’ils dirigeaient avec Blawan, mais pour une raison ou une autre ça ne s’est pas produit.

 

 

Ça me surprend que tu l’aies produit il y a trois ans … Je trouvais qu’il était plutôt dans la continuité de ce que tu fais actuellement.

JK : Peut-être parce que c’est un morceau assez simple. Il n’est pas trop daté et je ne l’ai pas retouché. La partie rythmique avait été composée séparément mais tous les filtres étaient sur les masters donc je ne pouvais pas les modifier. Et c’est un morceau que j’aime encore assez. Il ne me réveille pas la nuit, transpirant de remords. Les Kelly Twins, nos stars locales de Bristol qui ont fondé le label Happy Skull, m’ont proposé de le sortir sur ce label en collaboration avec Berceuse Héroïque. Il se trouve que KEMAV (Gizmo/Berceuse Héroïque) est venu jouer à Bristol pour les Kelly Twins avec qui il s’est très bien entendu. Les deux frères sont vraiment d’excellents DJ ! C’est d’ailleurs assez injuste qu’ils ne soient pas davantage bookés hors de la ville. Gizmo avait probablement envie de les aider en donnant de la visibilité à Happy Skull. Je ne savais pas ce qu’il y aurait sur la face B … mais j’aime bien !

 

C’est très different …

JK : Ce sont deux morceaux produits par Marshallito, qui a également sorti des morceaux sur Trilogy Tapes et Billebob qui est membre d’Underground Resistance. Cet EP sort mi-septembre et mon prochain EP sur Livity Sound sort dans la foulée, le 25 septembre. Mais les dates pour la sortie sur HerSkull sont un peu fluctuantes car Gizmo est allé se marier en Grèce et c’est un peu compliqué là-bas en ce moment. Actuellement, il est marié, en Grèce et sans argent. Donc pour ce qui est des dates de sorties des vinyles … (rires)

Nous avons entendu ton prochain morceau sur Livity Sound dans le show de Kassem Mosse sur NTS. La radio semble aujourd’hui encore jouer un rôle important dans la diffusion de la musique.

JK : Oui, je pense que la radio est centrale et que diffuser un morceau peut tout changer. Le morceau que j’ai sorti l’année dernière, Glock and Roll avait été joué par Joy Orbison dans son Essential Mix puis cela s’est répercuté. Si quelqu’un joue un morceau, ça le valide et lui donne une certaine crédibilité.

 

Tu as régulièrement joué sur NTS ces derniers temps, est-ce que c’est une expérience qui t’a plu ?

JK : Je ne suis pas sûr ! (rires)

 

J’aime bien écouté ton show, j’ai parfois l’impression de participer à une fête.

JK : Oui, c’est toujours un peu chaotique ! Ben UFO fait son show juste après sur Rinse FM donc parfois je vais directement de NTS à Rinse. Lui est très pro : il fait des annonces régulières, salue tous les gens sur Twitter et il y a énormément de fidèles qui se connectent. Moi, je sors d’un studio avec pas mal de gens un peu bourrés et peu d’auditeurs … En fait, à chaque fois que je fais mon émission, je me promets que la prochaine sera plus professionnelle. [La dernière émission de Kowton, avec notamment un mix de Mimi, de l'Ekstrakt Crew, se réécoute ICI.]

 

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Nous, on écoute ! J’ai l’impression pourtant que NTS a une image assez pro. Un peu « indie-cool ».

JK : La différence entre NTS et Rinse, c’est que cette dernière était originellement une radio pirate avec une tradition grime, dubstep, etc. NTS s’est construite avec des artistes comme Floating Points et Funkineven qui ont une image plus indie. Mais c’est cool ! Il n’y a pas de compétition entre les deux.

 

Y a-t-il d’autres shows que tu écoutes ?

JK : Celui de Bake sur Rinse FM ! Bake est le best. Ils lui ont donné un créneau un peu inconfortable, le lundi soir très tard, comme Hodge. Mais c’est un bon début. Il y a aussi Beatrice Dillon sur NTS. Elle est très humble et adorable ! Et puis bien sûr, Will Bankhead [Trilogy Tapes]. Ses shows sont un peu chaotiques mais dans un sens très positif parce qu’il joue tous les meilleurs morceaux.

 

Est-ce que tu lis également la presse ?

JK : Oui, je lis pas mal ! Je suis Resident Advisor et Fact mais je lis également The Wire et des blogs. J’ai le sentiment que c’est vraiment important de savoir ce qui se passe autour de nous. Le contraire serait une preuve d’arrogance. Est-ce que tu lis aussi ?

 

Oui, je le lis les mêmes que toi, ainsi que The Quietus. RBMA fait aussi un bon boulot de journalisme, même si ce n’est pas de la critique au sens propre du terme.

JK : Oui, depuis que Todd L. Burns a repris la main, ils font un bon boulot. Tu te souviens de l’article sur Principe et la scène portugaise sur Resident Advisor [The Ghetto Sound of Lisbon? C’est exactement ce que le journalisme musical devrait faire : faire découvrir des vraies scènes physiques que personne ne connaît. [Kowton a joué un edit de Decalee de DJ Perigoso dans son set le soir-même. Et nous dansions comme des débiles, ndlr.]

As-tu une idée de ce que tu vas jouer ce soir ? Récemment tu as joué au Berghain puis au Robert Johnson, j’imagine que tu ne joues pas la même chose d’après l’endroit et le club où tu mixes ?

JK : Je me suis dit que ce soir j’allais jouer des choses assez UK. À Manchester, j’ai joué un peu de techno, puis un peu de nos productions et enfin quelques morceaux sortis récemment. Dans un club, tu dois jouer des choses très intenses, créer quelque chose de presque claustrophobique. Tandis qu’en extérieur, quand tu te produis sur une scène, il faut aussi proposer des choses sur lesquelles le public peut se reposer. Il faut concevoir les choses de manière plus progressive et tu ne peux pas passer brusquement d’un morceau à un autre car tu perds toute l’énergie de la foule. Il faut alterner entre des ascensions et des moments plus calmes. Cela dépend également d’un club à un autre. Au Berghain, tu ne dois jamais perdre un fil conducteur tandis qu’en Grande-Bretagne, l’audience aime être surprise. J’ai grandi en faisant ce genre de choses. On te donne une heure trente et tu dois laisser ton empreinte sur la soirée. Avec Livity Sound, on a fait un set de neuf heures au Golden Pudel et évidemment là, on jouait sur Serato.

 

“Je viens de commencer à apprendre le piano. J’ai réalisé que j’avais passé ces dix dernières années à prétendre que j’étais un musicien en étant incapable de déchiffrer les gammes les plus basiques !”

 

Et quand tu ne produis pas, ne joues pas, n’écoutes pas de la techno, que fais-tu?

Je viens de commencer à apprendre à jouer du piano. J’ai réalisé que j’avais passé ces dix dernières années à prétendre que j’étais un musicien en étant incapable de déchiffrer les gammes les plus basiques ! C’est assez difficile et mes mains ne sont pas encore très coordonnées mais j’y prends beaucoup de plaisir. La semaine dernière j’ai essayé d’aller faire du skate pour la première fois depuis des années et j’agonise depuis cette tentative. Il me faut des loisirs plus calmes maintenant que je deviens vieux ! Un bonus à tout ce qui peut me maintenir loin du pub.

 

 

NV & MC

 

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