Interview – Benoit B / Banlieue Records

C’est avec Electropolis, la troisième sortie de Banlieue Records, qu’on a découvert le label de Benoit B. Alors que les cinq pistes tournaient en boucle (Calcuta en a notamment joué un extrait dans son podcast pour Beatalair, Gigsta dans sa première émission sur Cashmere), on a été pris de passion pour ce label tout jeune mais très ambitieux. Le Various Artists sorti en début d’année et habilement intitulé Michto réunissait N1L, DJ Overdose, Grey People et Mathis Ruffing … Rien que ça. Assez vite, l’idée nous est venue d’inviter Benoit B pour un podcast. On ne voulait pas seulement un mix de la tête du label, on voulait aussi le rencontrer et dignement vous le présenter bien que le podcast à lui tout seul soit déjà une belle introduction.

« J’ai cherché à mélanger différentes choses qui m’inspirent. Contrairement à ce que je pourrais mixer en club, j’ai sélectionné des morceaux plus calmes pour monter progressivement en rythme. Le tout premier morceau est sorti sur le label de deux potes à Paris, Permalink.  Ensuite, il y a un Popol Vuh, un remix de Samo Dj sur LIES, un Etapp Kyle, un Suburban Knight et un track de Mathis Ruffing à sortir sur Banlieue 5. J’ai aussi intégré des sorties de Banlieue et un de mes tracks qui va sortir sur Peur Bleue Records à la rentrée… »

 

“Ce qui me plait dans la banlieue, c’est notamment le fait que ce soit une zone en constante mutation. C’est une sorte de laboratoire d’architecture. Ce côté hybride me plait aussi dans la musique.”

 

Benoit est assis à la table d’un café au Nord-Ouest de Berlin, où il a emménagé il y a deux ans après avoir passé la majorité de sa vie en banlieue parisienne. On est au-delà du Ring (le tram qui encercle la capitale), en marge de la ville, un espace urbain que le producteur affectionne particulièrement. « J’ai mis énormément de temps à trouver un  nom pour le label, j’avais plein d’idées et je me levais à 6h du mat pour faire des gros brainstormings (rires). Ce qui me plait dans la banlieue, c’est notamment le fait que ce soit une zone en constante mutation. Les terrains vagues se voient construits, tandis que d’autres endroits sont abandonnés. C’est une sorte de laboratoire d’architectures : une nouvelle médiathèque sort du sol à côté d’un vieil immeuble et entre les deux, tu trouves un épicier ou un supermarché. Ce côté hybride me plait aussi dans la musique. Et puis, les immeubles en Banlieue sont plus bas et la mentalité est aussi différente. Un résident de banlieue à l’habitude de passer beaucoup de temps dans les transports alors que les parisiens angoissent à l’idée d’aller d’un arrondissement à un autre … et je ne te parle pas de dépasser le périphérique. J’ai habité à Malakoff, à Saint-Denis, à Boulogne, à Alfortville … et franchement, je m’y suis toujours senti à l’aise. »

 

“On enregistrait les émissions de Radio FG sur un mini disque qu’on amenait chez les disquaires pour demander les noms des sons. On était chauds !”

 

Avant d’arriver à Berlin, en passant par Prague et Londres, Benoit a grandi à Malakoff, où il a fait ses armes en tant que DJ, clubber et organisateur de soirées. « J’ai commencé à acheter des disques il y a quatorze ans. A cette époque, il y avait les Cds 2 titres mais davantage de sons sortaient en vinyle. J’ai convaincu ma mère d’acheter une première platine, puis une deuxième. Très tôt, je mixais dans des bars à Paris et avec les sous, j’achetais encore plus de disques. On parle de 97/98, l’époque de la house filtrée, des Crydamoure, Roulé mais aussi de labels comme Pro-Zak Trax, Silver Network ou encore Guidance … J’écoutais pas mal la radio. Les nanas du Pulp, Chloé, Sex Toy et Cardini avaient leur show qui s’appelait les Pussy Killers. J’étais aussi très influencé par Djulz, résident sur FG, ou Dan Ghenacia. On était chauds ! On enregistrait ça sur un mini-disque qu’on amenait chez le disquaire pour demander les noms des sons parce qu’il n’y avait pas Shazam … Je passais pas mal de temps chez Techno Import, Da Groove, Basement Trax, Bastille Vinyle, Vibe Station et plus tard à 12 Inch. Quand j’avais 16/17 ans, je voulais aller en club, mais comme j’étais très jeune je demandais à mon père de m’accompagner et il a accepté plusieurs fois ! On arrivait tôt, on partait tôt.  On allait au Batofar, au Rex (Bass Culture, Affolaï), à la Coupole. Ma collection est assez variée, à une période j’achetais beaucoup de sons soulful à la Blaze, Basement Boys, Shelter Records puis je me suis mis à acheter aussi beaucoup de funk et de disco. »

 

 

Si Benoit B a commencé tôt à acheter des disques et à les jouer, il lui a fallu plus de temps pour se mettre à la production et surtout pour trouver l’univers qui aujourd’hui l’inspire. « Le mix et la production sont pour moi deux activités complètement liées. La production demande beaucoup de temps et de concentration mais il y a une influence réciproque entre les deux. Je n’ai jamais eu de formation de musicien, je fais tout à l’oreille. J’ai commencé à produire assez tard, contrairement à mes potes parisiens qui se s’y sont mis bien avant moi. Peu avant mon départ à Londres, j’ai demandé à un de mes potes de m’initier aux bases d’Ableton (big up Draft Dodger). J’ai commencé à produire en 2008/2009 mais il m’a fallu un certain temps avant d’être satisfait de ce que je faisais. Pendant 2 ans, j’avais un label avec des potes à Paris qui s’appelait Midnight Trouble et j’ai signé quelques sorties. En arrivant à Berlin, j’avais envoyé quelques morceaux à des labels. Ceux qui ont montré de l’intérêt avaient un calendrier bouclé sur un ou deux ans. »

 

 

Le producteur a donc sorti son premier EP tout seul. Il y a ensuite eu la VA puis, il a à nouveau signé la troisième sortie. Si Benoit a commencé à produire relativement tard, ces deux EPs confirment déjà une grosse évolution. Electropolis reste raffiné mais il est aussi plus affirmé. « Les sons utilisés, mais aussi la structure et les breaks sont très différents de mon précédent EP. Celui-ci est un peu plus rapide et je me suis autorisé à faire des choses plus bizarres que d’habitude. Les morceaux B2 et B3 sont moins conventionnels … Disons, hybrides !  On revient à l’idée de Banlieue. Les trois mots d’ordre de mon label sont : hybrid, relentless (implacable, percutant) et hallucinogenic. J’aime aussi le côté brut de la banlieue : l’architecture et les gens ont en commun d’être vrais et francs. C’est aussi comme ça que je mène le label. Dans les promos que je reçois, je me laisse convaincre par les choix tranchés et assumés. Je m’interroge énormément sur ce qui fait la modernité d’une production. Je n’ai pas envie de faire un label old school rave, ni un truc d’avant-garde. Comment faire quelque chose qui soit inscrit dans son époque ? J’ai beaucoup de respect pour ce qu’on fait des artistes comme DrexciyaLil’ Louis ou Derrick May pour ne citer qu’eux. Des vrais choix : un kick, une caisse claire, un putain de snare et des mélodies ! »

 

“Je m’interroge énormément sur ce qui fait la modernité d’une production. Je n’ai pas envie de faire un label old school rave, ni un truc d’avant-garde.”

 

Alors que le premier EP est apparu il y a sept mois (en novembre 2015), Banlieue Records s’apprête à sortir le quatrième EP en juillet prochain. « Il y a plusieurs façons de mener un label. Je ne sais pas quelle est la bonne ou la mauvaise. Mon ambition, c’est d’avoir une régularité dans le temps. Pour l’instant, je pilote tout. Je fais la direction artistique, même si je demande très souvent l’avis des gens qui m’entourent, je m’occupe du graphisme puisque c’est aussi mon métier et pour l’instant je fais aussi la promo. Paradoxalement, c’est parfois plus simple de travailler seul. La VA qui vient est probablement une de celles dont je suis le plus fier pour l’instant. Elle réunira six artistes : 2 High (Strip Steve x SCNTST), Gohan (de Peur Bleue Records à Londres), N1L (également sur Banlieue 02, originaire de Riga), Tymotica (membre de Ruff House) et Tom Dicicco (invité par Midi Deux, ndlr). »

 

 

Benoit évoque alors quelques dates à venir, sourit plein d’énergie mais aussi de curiosité. A ce moment, j’entends un type hurler sur l’enregistrement (nous sommes vendredi soir et c’est l’Euro), puis le rire du producteur près du micro. Je lui propose de conclure l’entretien … « Malakoff, 92, Wedding ! » Réplique franche et rire hybride.

 

Dates :

7 juillet –Banlieue x LAN à Griessmuehle

8 juillet – Farbfernseher, Berlin

13 août – Prince Charles (Independant Label Market)

10 Septembre – Peur Bleue Release Party à Rye Wax (Peckam, Londres)

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