Dance Machine : vous êtes une métaphore techno

Salle sombre, rythme répétitif métallique, faisceaux lumineux épileptiques, la tête vissé sur l’axe bas-haut et les talons sur l’axe gauche-droite … ça y est vous y êtes : vous êtes une dance machine. Désormais, vous avez cessé de penser, vous êtes automatiques et rien ne pourra vous arrêter à part, peut-être, l’interruption de cette boucle qu’épousent désormais les battements de votre coeur. Et le pire, c’est que c’est génial … Vous n’aimez pas seulement la techno : vous êtes la techno.

 

Au moment précis où vous abandonnez votre cerveau au profit d’un infini mouvement mécanique, un type collé contre le mur au fond de la salle fronce les sourcils en se caressant le menton. Jon Savage, qui n’a pas écrit uniquement sur les Sex Pistols, a résumé en une cinquantaine de pages, « une histoire de la techno » (totalement incontournable : 3€ la version française chez Allia, je peux même vous la prêter). Ça s’appelle Machine Soul[1], ça s’ouvre sur une citation de Cybotron (Juan Atkins et Richard Davis à Détroit) et il y déploie, entre autres, ces quelques phrases essentielles :

 

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“S’il y a une idée centrale dans la techno, c’est bien celle de l’harmonie entre l’homme et la machine. Comme le dit Juan Atkins « il faut simplement considérer que, en gros, la techno est technologique. C’est une manière de faire une musique à caractère futuriste : quelque chose qui n’a jamais été fait avant ». Une conception courante au cours de l’histoire des avant-gardes artistiques du XX° siècle – en musique, les exemples plus anciens remontent au manifeste L’Art des Bruits de Russolo en 1913, ainsi qu’à des ballets des années 20, comme Relâche d’Erik Satie ou le Ballet mécanique de Georges Antheil. Si l’on exclut le stade d’évolution atteint par les machines actuelles, beaucoup d’idées de Russolo préfigurent à tous les niveaux la techno d’aujourd’hui – on pense notamment à l’usage d’instruments non musicaux dans son oeuvre de 1914, Le Réveil d’une ville.”

 

À partir de maintenant, chaque fois que vous direz « cette musique, c’est le futur », sachez que votre épiphanie auditive est l’accidentelle descendance d’un futuriste du siècle dernier (d’ailleurs L’Art des Bruits[2] est également disponible pour quelques euros chez Allia). Danser sur un kick industriel pendant une nuit entière ou écouter la musique du métro est so 1913. Bien sûr, il est aisé de relier cette mythologie machinique au passé industriel de Détroit, que cet imaginaire soit d’ailleurs réinvesti ou démenti par les producteurs techno eux-mêmes. La machine, métaphore complexe, renvoie à une multitude de fantasmes fascinants.

 

 

Si aujourd’hui, évoquer le concept d’homme-machine est un lieu commun, en 1913, Russolo et ses potes ne sont que des excentriques. Un demi-siècle plus tard, la pop music les rattrape. En 1970, Florian Schneider-Esleben et Ralf Hütter se réunissent pour former Kraftwerk tandis que la soul, la pop et le funk s’embrassent pour enfanter la disco. À cette époque, en France, deux types sont obsédés par la dialectique homme-machine. Pas vraiment le genre à rester coller contre le mur et probablement pas les derniers à descendre la piste noire tout schuss, Yves Adrien et Alain Pacadis sont des deux dandys inséparables et brillants. Le premier chante le rock électrique pour Rock & Folk dans les années 1970 tandis que le second est le chroniqueur punk de Libération. Mais de l’électrique à l’électronique, tous deux

sont fascinés par l’arrivée de musiques de « machines ». Outre le culte qu’ils vouent à Kraftwerk, ils écrivent sur Suicide, « Alan Vega/Martin Rev ; une Voix/un Instrument ; un Homme/une Machine », Amanda Lear, « la femme-photo, demi-soeur de l’Homme-Machine », les Residents, doubles robotiques des Beatles ou encore Devo, « inspecteurs de l’Hygiène Atomique internationale. »

Alors qu’Yves Adrien est le plus mental des deux (cf l’univers proto-techno de son légendaire roman NovöVision[3]), Pacadis développe une esthétique davantage charnelle du concept de machine qu’il rattache systématiquement au corps et donc à la danse. Dès 1978, il pressent à travers cette métaphore la spécificité des musiques électroniques dansantes :

 

“Le rock était une musique culturelle, la disco est une vraie musique moderne impersonnelle (on ne sait rien de la vie des stars à la disco), synthétique (presque uniquement faite d’instruments électroniques), froide et commerciale.”[4]

 

Si une partie de la citation ne semble plus d’actualité (que penser aujourd’hui de ce prétendu anonymat du DJ ?), la conviction qu’une production sur machines puisse avoir une valeur esthétique demeure un argument fort. Or, conscient de la généalogie avant-gardiste de cette image (il cite Dziga Vertov), Pacadis s’en distingue en complexifiant le rapport douleur-plaisir qui n’est pas sans rappeler une sexualité masochiste. Et de fait, si la semaine votre corps souffre de son asservissement à un ordinateur, il se libérera le vendredi en s’abandonnant à une mélodie … d’ordinateur !

 

“Le corps est une machine. La machine est à la fois rythme et devenir. Il est à l’intersection où s’instaurent à la fois la répétition et la sortie de la répétition. Comme répétition, c’est celui qui détermine le rythme des mouvements calqués sur celui des organes. Le rythme de la danse est calqué sur celui des organes ; combien de morceaux disco utilisent comme base rythmique les mouvements du coeur. Le coeur, la rythmique cardiaque est une métaphore du moteur ; ils ont la même régularité.”[5]

 

Étrangement, ce rapport à la machine initialement appréhendé comme une aliénation devient, sous le martèlement de vos baskets comme sous la plume de Pacadis, une sorte d’alternative vitale. Les pieds vissés sur l’axe gauche-droite, vous vous sentez bien … Comme si, des rituels ancestraux à la condition de l’homme moderne, vos pieds avaient retenu la chorégraphie d’une réconciliation. C’est peut-être ça la liberté. Allez, dansez maintenant !

NV.
[1]    Jon Savage, Machine soul, Paris, Allia, 2011.

[2]    Luigi Russolo, L’art des bruits : manifeste futuriste 1913, Paris, Allia, 2003.

[3]    Yves Adrien, NovöVision, les confessions d’un cobaye du siècle, Paris, Denoël, 2002 (réed.).

[4]    Alain Pacadis, Nightclubbing, Chroniques et articles 1973-1986, Paris, Denoël, 2005, p. 304.

[5]    Ibid., p. 376.

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