Clément Meyer

C’est avant la soirée FAKE vs GET THE CURSE du 28 Mai dernier que Midi Deux a rencontré Clément Meyer. Une interview très intéressante avec un artiste disponible, ambitieux et talentueux. Parcours, opinions et projets, discussions, Clément Meyer nous en aura beaucoup appris.

 

Quels ont été tes débuts dans la Techno, ce qui amené à la musique électronique ?

 

En fait, j’y suis arrivé assez tard. J’écoutais des trucs qu’on écoute habituellement quand on est ado comme du rap ou du métal. Puis j’ai commencé à écouter de l’électro en 2001/2002. Des trucs qui m’ont marqué, Olibusta justement que j’ai connu à cette époque, il m’a fait découvrir Miss Kittin & The Hacker, Vitalic, Tiga, tous ces trucs hyper electroclash, et qui ont fait un pont avec le rock, au niveau de la rythmique. Et ça m’a mieux fait comprendre l’univers de la musique électronique qui n’est pas forcément évident quand tu viens du rock. Il y avait aussi les premiers Ellen Allien comme Dataromance, une compilation de Jennifer Cardini qui s’appelait Electroniculture Volume 2, avec tout ce allait exploser après en terme de musique allemande avec du LoSoul, Steve Bug, du Alter Ego . . . Ca c’était en 2002/2003. Puis, il y avait aussi les 2 many DJ’s qui étaient une vraie révolution à l’époque et qui sont exemple parfait du pont entre le rock et la techno.

 

A partir de quand tu es passé du stade d’écoute au mix ?

 

Je ne m’y suis pas mis directement, j’ai eu besoin d’écouter beaucoup de choses, de rentrer à fond dans la musique, de télécharger 3 milliards de trucs. Et quand j’ai terminé d’affiner mon oreille, j’ai commencé à faire mes propres mixs, c’était en 2004. La première soirée où j’ai mixé c’était en 2005, dans un bar. C’est aussi l’année où j’ai acheté mes premières platines vinyles. Les premiers clubs, un an après avec la soirée Dimushi, ma première grosse soirée.

 

OLD SCHOOL- Clement meyer – dimuschi (2006-12-08) by clementmeyer

 

Qu’est ce que ça t’as apporté de passer de DJ à producteur?

 

C’est un bonne question. Quand on est dj, on adore chercher des nouveautés, trouver les morceaux les plus underground possible. C’est ça qui est bien avec la musique électronique, c’est que tu crois être pointu et en fait tu découvres un nouveau label qui sort que des bombes. C’est une recherche sans fin qui te pousse à chercher afin de te faire une certaine identité musicale. C’est ça qui est drôle d’ailleurs, même en étant puriste, on trouvera toujours un mec encore plus puriste qui connaît des choses encore plus pointues car c’est une musique extrêmement riche. Après, ce n’est plus parce que c’est undeground que ça en devient génial. Mais c’est vrai que c’est probablement la musique la plus vaste existante.

Mais au bout d’un moment, tu éprouves le besoin de faire ta propre musique. J’ai commencé à produire il y a un an et demi. C’est donc quelque chose de récent. C’était dans une période, et on y est toujours, où beaucoup de choses qui ne plaisaient pas. Donc j’ai eu envie de faire quelque chose qui ressemblait à ce que j’avais envie de jouer. Je ne me prends pas pour un génie de la musique, je ne vais pas révolutionner la musique mais j’ai eu envie de faire quelque chose qui me corresponde vraiment.

 

Comment définirais-tu ton style musical?

 

En fait, que ce soit en tant que musicien ou en tant que DJ, ce que j’aime c’est proposer des morceaux avec un thème ou une identité forte. J’essaie de mettre un côté dramatique dans mes productions. Pour l’instant j’ai une carrière encore modeste, je n’ai pas 10 ans de musique derrière moi. Je fais de la musique de club avec ce côté sombre et hypnotique, quelque chose qui met sous tension. J’essaie de mélanger différentes choses et de trouver un bon équilibre en mélangeant des choses clichés et d’autres un peu moins, que ce soit un peu diforme, un peu électro. Après, je suis contre les appellations et donner un genre musical à tout prix. Ce n’est pas pour faire l’artiste incompris mais les noms changent et ne veulent pas dire grand chose. La minimale est devenue une fourre-tout qui correspondait à tout ce qui n’était pas la French Touch 2.0. Et si on prend l’exemple de l’électro, ça correspondait avant à du Dopplereffekt avant de définir le son de Boys Noize donc tout c’est un peu vain.

Dans ce que je fais il y a un côté techno, et un côté un peu rock au niveau des basses, ou de certains arrangements rythmiques mais ce n’est pas de la techno pure et dure au sens Adam Beyer, donc c’est pour ça que je ne veux pas rentrer dans des dénominations, ça n’a pas de sens.

 

 

Peux-tu nous parler de ton rôle dans Get The Curse?

 

Je suis co-fondateur du label qui a été lancé en début d’année et également créateur du blog lancé en 2007. L’histoire avec les blogs, c’est qu’on croit qu’il y en a plein mais si on n’est pas un geek, on s’aperçoit que les bons blogs ne courent pas les rues. On an avait envie de se faire plaisir et donner une place importante à la musique que l’on aimait, certainement moins électro que la tendance française actuelle mais on a voulu montrer qu’elle n’était pas chiante pour autant. Parce qu’avant, on était à fond dans une espèce d’opposition à la French Touch 2.0 versus minimale un peu stérile et qui faisait beaucoup de mal à toutes les musiques non formatées “turbin”. Aujourd’hui, les gens commencent à dépasser un peu ça, je trouve que le public est souvent carrément plus ouvert qu’on veut laisser faire croire. Il suffit de voir le nombre de blogs français qui ont démarrés, beaucoup plus orientés “techno/minimal”. Ca montre que les choses vont dans la bonne direction, et j’ai la prétention de penser qu’on y a contribué.

 

Site de Get The Curse

 

Est ce que dès le début vous pensiez déjà à faire vos soirées et tout ce que vous faites aujourd’hui ?

 

Nan, quand tu montes un blog, tu le fais avec beaucoup de modestie, juste partager la musique que tu aimes. On a toujours été dans cette logique de faire quelque chose de pointu mais aussi fédérateur. Et ouais, je me disais juste “ça va peut être te servir de carte de visite pour mixer sur Paris”. Puis les choses se sont enchaînées favorablement on va dire, on a eu la chance de recevoir un accueil très favorable au blog et lors de nos premières soirées, c’est ce qui nous a poussé à continuer.

 

Des projets avec le label ?

 

On est vraiment dans la phase de lancement du label. Il faut donc y aller petit à petit. Il y a plein de labels, il faut réussir à trouver sa marque. Il faut être ambitieux mais ne pas s’enflammer. Donc là, on va consolider les premières sorties, puis on va essayer de signer un nouvel artiste, français de préférence. J’ai vraiment envie que Get The Curse prenne une place importante dans la scène musicale française, qu’on puisse représenter une certaine vision. Mais tout cela prend du temps donc il faut être patient.

 

Comment se réfléchit le fait de faire signer un artiste ?

 

On commence à recevoir un certain nombre de démos, alors il faut déjà écrémer entre ce qui est bien et ce qui ne l’est pas. Et dans 99% des cas, ça ne l’est pas. Après, il faut savoir si le mec est capable de faire mieux que 2 bons morceaux, c’est là où on va réussir à détecter un véritable talent. On cherche quelqu’un avec un projet de développement, qui corresponde à notre style musical et qu’on puisse se dire “On va pouvoir faire un petit bout de chemin avec lui”. Evidemment tu te doutes que ce n’est pas évident.

 

Pour toi, est ce qu’il y a eu des rencontres ou autres qui t’ont aidé à arriver jusque là ?

 

Oui, bien sûr, certaines rencontres sont plus importantes que d’autres. Tu ne t’en rends pas compte sur le moment mais rétrospectivement tu te dis “Tiens ça a eu de l’importance”.

Brodinski, ça a été une rencontre intéressante car c’est son manager qui a monté le Social Club. On a donc pu être mis en relation avec lui et décrocher une résidence là-bas, à une époque où le club allait s’ouvrir et où nous voulions trouver un endroit cool où se poser sur Paris.

Il y a eu Danton (Eeprom) aussi, avec qui j’ai eu un certain nombre d’affinités musicales. On a été amené à travailler ensemble pour son label Fondation, et il m’a permis de jouer pour la première fois à Londres au Tbar.

Sinon, j’ai rencontré Ivan (Smagghe) il y a un an et demi, ça a été très important pour moi car il a accroché rapidement avec Get The Curse, et m’a invité à jouer à Fabric par exemple. Il a joué rapidement mes morceaux et Ivan a un tel impact aux yeux du public et des autres DJs que ça a renforcé ma crédibilité rapidement.

 

 

Qu’est ce que tu penses des soirées parisiennes, par rapport aux soirées berlinoises par exemple ? 

 

Il ne faut pas faire de complexe d’infériorité. Il y a eu un grand débat sur les nuits parisiennes, oui certes il y a eu des difficultés, et oui certes Berlin est génial, mais il vaut mieux comparer ce qui est comparable et éviter de s’auto flageller inutilement.

Paris reste un endroit hyper riche si on réfléchit 2 secondes : Social Club, Rex, Dimushi, Regine, We Love et beaucoup d’autres endroits aussi plus petits et plein de charme. Parlez en aux Londoniens où beaucoup de clubs qui ferment sans forcément être remplacés, le Boombox s’est arrêté, il y en a plein, le Tbar a changé de spot, Turn Mills, The Key, The End, Matter qui ferment. Maintenant, Fabric est à vendre… donc bon les parisiens, arrêtez de chialer.

 

Et quel est le meilleur endroit où tu as joué ?

 

Le meilleur lieu où j’ai joué, c’est justement Fabric en février, sinon je vais jouer au Panorama Bar, ce sont des spots mythiques pour tout DJ et c’est vraiment une espèce d’étape de jouer là-bas. Ce sont des lieux dont je parle en tant que fan pour y être allé un certain nombre de fois avant d’y mixer.

 

Edit : Sinon j’ai joué samedi dernier dans la grande halle de la villette pour la We Love, à l’endroit où s’est produit Plastikman un mois avant. C’est une salle de 5000 personnes donc c’est le pied.

 

 

Qu’est ce que tu prévois de jouer ce soir ?

 

Je vais jouer ce que je sais faire. Je ne vais réinventer mon style à chaque soirée, je suis dans un ce style un peu dancefloor, un peu sombre. J’essaie que ce ne soit pas linéaire, que ça monte en pression. J’espère qu’il y aura de bonnes réactions.

 

Tu travailles avec quel matériel ?

 

Je travaille depuis peu sur Traktor CD. J’ai commencé sur vinyle, puis sur CDs gravés. On ne peut pas aller contre tout cela. L’industrie du disque va vers le digital.

 

Justement, que penses-tu de cette dématérialisation ?

 

C’est toujours la question que l’on pose aux DJs mais voilà aujourd’hui, on est complètement dans le digital. Je trouve ça un peu nul de se proclamer “DJ qui mixe que sur vinyles”. Je ne suis ni pro-vinyle, ni pro-digital. On joue la musique quand elle est bonne, peu importe le support. Ce n’est pas très important.

 

Et l’impact du téléchargement ?

 

C’est une bonne question, dans le sens où moi je viens du blog. J’ai posté des morceaux de label et j’ai beaucoup appris sur la musique en téléchargeant, donc je serais mal placé pour dire que c’est mal. Après ce que je fais, c’est que j’essaie d’avoir une moralité. Avec www.getthecurse.com on n’est pas dans l’exclu, on poste des morceaux qu’on aime, on n’essaie pas de faire le buzz parce que de toutes façons, le blog d’à côté le fera 2 jours plus tard. Aussi, je poste en qualité 128 pour inciter à télécharger légalement à côté. On insiste aussi beaucoup plus sur les podcasts.

 

T’as été voir notre blog ? T’aurais un conseil ?

 

Ouais, c’est ce que je disais à Fabien c’est que c’est un bon blog. Je n’ai pas vraiment de conseils, proposez ce que vous aimez, et n’essayez pas de faire le buzz. Il faut essayer d’être respectueux des labels. Déjà que la durée de vie d’un album est courte. Alors si vous le postez avant même que l’artiste ait pu le mettre sur beatport. Vous, vous faites un effort sur la partie éditorial, donc c’est bien. Il y a des interviews, de longs textes, on a vraiment l’impression que vous aimez ce dont vous parlez.

 

 

Dans notre blog, on fait pas mal de chroniques sur des albums, est ce que c’est un de tes projets ?

 

Comme on dit souvent, faire un album c’est faire autre chose qu’une succession de maxis donc il faut réussir à ce que l’album ait du sens. Un album, c’est quelque chose qu’on écoute plus chez soit, donc plus réfléchi. Honnêtement, je l’ai dans un petit coin de ma tête mais ce n’est pas ma priorité. Peut être que l’année prochaine j’y penserais un peu plus. C’est dans la logique des choses mais c’est un projet qui est loin tout de même. Il ne faut pas penser que dès la fin de l’année, j’aurais un album, loin de là.

 

Quel album t’a marqué cette année ?

 

C’est très cliché mais je n’écoute pas beaucoup de techno chez moi, dans le sens où je mixe, j’en entends à chaque soirée, donc parfois des singles de pop de 3 minutes 30 ça fait du bien.

Mais sinon j’ai trouvé que l’album de Danton était très très réussi. Il est hyper talentueux, je ne dis pas ça parce que je le connais. C’est un des rares producteur techno à savoir élargir son domaine et faire des morceaux qui ont de vraies mélodies, avec Give Me Pain et Thanks For Nothing.

 

En parlant de Danton, son DJset aux Transmusicales était génial, mais il y a toujours des gens qui crient “allez envoie…”. Tu penses quoi de ce public ?

 

Il faut donner plus de 3 minutes au DJ pour que ça décolle mais c’est aussi le rôle du DJ de s’adapterà la taille des clubs, au public, à l’horaire. Au Fuse en Belgique, les gens sont à fond, au Social ou au Tbar aussi, les gens aiment quand ça bouge.  Mais les gens aiment bien les choses construites donc il ne faut pas se fier qu’à ces mecs mais plutôt à son instinct et à son expérience.

 

 

Sinon, qu’est ce que tu veux qu’on retienne de toi dans 10 ans ?

 

C’est intéressant comme question. Je me vois toujours dans la musique, toujours mixer, plus connu, il faut toujours voir plus haut, l’étape suivante. Je ne sais pas, j’aimerais être authentique, avoir de la personnalité, un peu comme des labels comme M-nus qui ont une très forte identité. Ce qui m’énerve, ce sont les DJs qui s’adaptent toujours à toutes les modes. J’aimerais réussir à rester honnête dans ma démarche musicale et passionné avant tout.

 

Dernière question qu’est ce que tu auras pensé de cette interview dans notre appartement ?

 

C’était très sympa, et puis avec les Curly, c’est parfait, franchement c’est ce qui me fallait.

 

 

 

 

Edit : la dernière sortie sur Get The Curse, l’EP de Photonz – Plague Of The New Age

 

Photonz – Plague Of The New Age EP (gtcm003) by getthecurse

 

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