Call Super

  Comme chaque année, Midi Deux se laisse surprendre par la famille Electroni[K], le temps d’un Maintenant d’automne que l’on n’a de cesse de (dé)couvrir avant, pendant et après le festival. Calculette est meme déja parti trakil en repérages. Vendredi, minuit, maison ! Cette année, Lorenzo SenniXosarAnthony Naples et Call Super se disputeront le premier set de la grande messe Antipode. Et si vous avez l’habitude de nous suivre, vous aurez probablement déjà entendu parler de ce dernier.

 

     Peu d´albums ont eu autant d’importance dans ma vie que celui que Call Super a sorti sur Houndstooth l´année dernière. Une petite main me suffit pour les énumérer. Il y a chaque jour un territoire musical à explorer, chaque jour une nouvelle facon d’écouter, de vivre et d´aimer (par) la musique: un rendez-vous radiophonique, un producteur infaillible, un morceau ultime, un EP tant convoité, un club ou un festival favori, un livre parfois ou ce journaliste qui sait, ce vendeur qui sait aussi et cet ami qui sait qu’on sait … Formes infinies et supports insoupconnés. Le rapport à l’album relève, lui, de l’obsession adolescente. Tant et si bien qu’à l’époque où Suzi Ecto est sorti, j’avais abandonné l’espoir de pouvoir choyer un jour un album comme j’avais pu le faire à 15 ans, jetant mon dévolu sur d’autres formats à favoriser. Et puis un jour cet album, comme une pièce en soi, une pièce pour soi. Aujourd’hui encore, quand j’écoute Snipe, j’ai l’impression d’ouvrir la porte de ma chambre privée, patiemment décorée de quelques photographies importantes et rares objets favoris. Écrire ces lignes relève d´une confidence profondément intime et je vous prierais de m’en excuser.

 

   Par pudeur, et par superstition peut-etre, il ne m’a jamais semblé nécessaire de rencontrer Call Super. Je ne cherchais pas à connaitre Suzi Ecto autrement et encore moins par le biais de son auteur. Mais cet album n’est pas la seule chose que Joe a produite ou faite. En marge de Suzi, il y a tout un tas de choses, dont un DJ curieux et un travail de production pointilleux.

 

Plus d’un an s’est écoulé depuis la parution de ce fameux album. Call Super a sorti deux EPs et son agenda de DJ s’est généreusement étoffé. Lorsque je le rencontre dans son studio à Berlin, peu avant Maintenant, il rentre de trois semaines de voyage au Japon. „J’ai passé quelques jours à Onsen, une station thermale puis à Tokyo, son extreme contraire. Le Japon est marqué par des univers suscitant des expériences particulièrement sereines puis de l’autre des lieux provoquant des expériences incroyablement agressives, tant sur les plans visuel que sonore. Les deux existent de manière parallèle.

 

Son voyage fut également marqué par une série de sets. „Le public japonnais m’a semblé relativement avisé. Les auditeurs apprécient les sélections insolites et on m´a à plusieurs reprises sollicité pour des rewinds, ce qui ne se produirait jamais en Allemagne ou en France. L´audience pour laquelle j’ai joué m’a conforté dans l´impression que j’avais du Japon en général, celle d’un pays avec une population vieillissante. La scène de musiques électroniques au Japon n´est pas immense mais elle est très sérieuse. Elle était plus conséquente au tournant des années 1990-2000 et une majorité du public actuel est constitué de gens de cette génération. Celle-ci ne s´est pas véritablement renouvelée, la nouvelle génération écoute des choses plus mainstream.”

 

J´ai joué au Air Club, qui a un système son extremement dynamique. Que tu joues un sept pouces ou un EP de techno, tout sonne fabuleusement bien.“ Joe s´émerveille aussi du système son monté par Cav Empt au troisième étage d´un immeuble vide au centre de Tokyo. Cav Empt est une marque de streetwear lancée par Toby Fetwell, un ami de longue date de Will Bankhead (Trilogy Tapes). La marque a investi cet étage l´espace de six semaines pour y installer une sorte de magasin éphémère. Les visiteurs y entrent alors dans l´espoir d’acheter des vetements et se retrouvent en réalité face à un mur de son sur lequel est diffusé en boucle une cassette, chaque semaine différente.

 

Pour ces cassettes, Cav Empt a sollicité Ondo Fudd (Call Super), mais aussi KMOS (Kassem Mosse) ou encore Tzusing. „Parce que la connexion s’est faite via Will Bankhead, cela faisait sens de signer la cassette sous l´alias Ondo Fudd. Et puis, je l’ai fait sans penser à une audience en particulier alors qu’il y a certaines attentes précises avec Call Super. C’est l´alias grace auquel je vis.

 

Cav Empt a toujours travaillé avec des artistes que Toby Fetwell apprécie. Actress a fait un lookbook et Joy Orbison celui de cette saison. Ils ont également organisé un show avec Rezzett sous la forme d´un défilé. Il leur tient à coeur de ne pas se contenter d´une démarche purement symbolique ou formelle mais de présenter les choses de la meilleure facon. Les vetements sont un prolongement de ce geste. Il fallait faire en sorte que tout soit concentré sur le son, susciter une expérience chez ces visiteurs venant pour des vetements et se trouvant confrontés à ce sound system.“

 

La cassette était offerte à l’achat des vetements mais difficile pour nous, lointains européens de l’acheter ou meme de l´écouter. Joe a donc décidé d´en partager un extrait via le Hessle Audio show début septembre. „D’un point de vue technique, je voulais que la cassette débute et termine avec le meme morceau, afin qu´elle puisse etre écoutée en boucle. J´ai donc commencé avec un extrait de mon album. J’ai essayé de parcourir plusieurs genres de manière suffisament cohérente en une heure. J’ai inclu des productions electro relativement abstraites de la fin des annés 80, plusieurs disques africains, du dub, des morceaux italo un peu plus obscurs, de l´electronica anglaise mais aussi de la house et de la techno. J’ai simplelement choisi mes morceaux, établi un début et une fin logique et laissé le reste se faire naturellement. En terme de mix, je joue en général de différentes facons en fonction du lieu et je dirais que ce mix représente ces différents styles.

 

 

[Download Hessle Audio Show]

 

Ce voyage au Japon fut également l´occasion d´un passage à Dommune, une petite visite faisant suite à une récente Boiler Room et quelques podcasts au cours de l´année. Toutefois, le rendez-vous radiophonique sur Berlin Community Radio s´est un peu essouflé. „J’étais vraiment très occupé ces derniers mois et quand je suis à Berlin, j’aime me concentrer sur la musique. Je prépare la sélection de disques que je veux jouer le weekend. J’aime la radio mais de manière un peu plus occasionnelle. Quand je rentre à Londres, je fais généralement un show sur NTS ou Rinse FM et je crois que cela me suffit.“

 

Outre son agenda de DJ, Joe a continué à produire. Il vient de sortir en septembre sur Houndstooth, un EP particulièrement acclamé. „La face B, Meltintu, fut produite l´hiver dernier tandis que la face A, Migrant, date d´il y a trois ans. À l´époque, cela ne correspondait pas à quelque chose que je voulais sortir. C´était un beau morceau et je le jouais mais je travaillais sur autre chose. Et puis, j’ai continué à le jouer et au bout d´un certain temps, il m´a semblé que c’était le bon moment pour qu´il sorte. Je ne l´ai pas vraiment retravaillé. Parfois, après avoir joué un morceau à plusieurs reprises, je le retravaille afin de rendre les choses plus ou moins confortables. Ce fut notamment le cas avec la face B, Meltintu.

 

La plupart des mes morceaux sont construits autour d’un ou deux éléments

qui sont délibérément mixés plus ou moins forts.“

 

La plupart des mes morceaux sont construits autour d´un ou deux éléments qui sont délibérément mixés plus ou moins forts. Donc j’aime prendre le temps de retravailler les choses et ce morceau Migrant m´avait toujours semblé trop normal. Mais on m’a finalement persuadé de le signer et la réaction positive à sa sortie m’a véritablement surpris. J’ai toujours l’impression que mon jugement est un peu erroné quand il s’agit de sortir mes productions. On me fait peu de commentaires sur des productions qui me semblent pourtant meilleures tandis que les choses qui me semblent plus simples attirent davantage l’attention. TJ (Objekt) et moi-meme échangeons en permanence et son sentiment est le meme: il est impossible d´anticiper la réaction des gens. Ca a aussi quelque chose de charmant. Finalement, il suffit de cesser d’etre préoccupé par les éventuelles réactions et simplement continuer à sortir des morceaux.

 

 

À la sortie de l´EP, Call Super s´est justifié pour l´emploi du titre Migrant. Je l’ai interrogé sur la signification éventuelle du titre de la face B, Meltintu. Il a tenu à reprendre l´histoire depuis ledébut. „Mes parents habitent au sud de l´Espagne, à deux heures et demie d’Algeciras, un grand port en face de Tanger. À l´époque où j´ai produit le morceau Migrant, des hommes parvenaient à s’infiltrer par ce port puis prenaient le train dans l´espoir de rejoindre une grande ville espagnole (Madrid, Barcelone …). Or le train s´arrete a Malaga et pour aller à Madrid, il faut faire un changement de station, ce que ces hommes ne savent souvent pas. Lorsque mes parents, qui habitent à coté de le voie ferrée, les voient, ils les accueillent. Ils leur offrent un lit, quelques vetements. Ma mère a mis en place une action afin de leur acheter des tickets de bus. Mes parents ne rencontrent plus ces hommes mais à l´époque où j´ai écrit ce morceau, nous avions des visiteurs adorables. Ce sont des migrants, mes parents sont des migrants, je suis un migrant. C´est un mot qui est souvent employé de manière négative ou parfois pas du tout.

 

Aujourd´hui, je suis presque embarassé par le choix de ce titre, car depuis la sortie, la crise a pris une telle ampleur que cela semble absolument absurde d´intituler un morceau de musique électronique „Migrant.“ Dans le meme temps, le morceau véhicule quelque chose de très positif et c’est un terme que je n´utiliserais que dans un contexte positif. En ce qui concerne, la face B, il s’agit d´une réponse à la face A: „Melt into.“ Ces hommes veulent s´échapper. Ils doivent tout faire pour ne pas etre remarqués. Alors … les migrants s’évaporent.

 

J’envisage mon travail de production comme un prolongement de ma personne:

il contient mes émotions et ma vie quotidienne.“

 

Joe a également élaboré la pochette de l´album à travers un travail de collaboration avec le graphiste du label. „J’apprécie le fait qu´Houndstooth m´accorde une telle liberté. Mon album et The Present Tense étaient illustrés avec des détails des peintures de mon père mais j’ai pris en charge l’illustration de toutes mes autres sorties. Je suis allé à une école d´art, avant de me lancer dans des études de politique. Mon père était en charge du département des Beaux-Arts pendant un certain temps. Il y a plusieurs peintres dans ma famille, donc cela a toujours fait partie de ma vie mais je suis content de ne pas avoir continué.

 

Au cours de précédentes interviews, Joe a régulièrement cité d’autres artistes photographes ou plasticiens. Mais en ce qui concerne les influences musicales, il me rétorque, comme c’est souvent le cas, qu’il est souvent difficile de les identifier. „Néanmoins, j´ai remarqué qu’à mesure que je produisais, je reprenais souvent de vieilles intuitions pour les transformer ou les développer. Si j’ai travaillé plusieurs choses dans un morceau, je vais parfois extraire une idée pour la retravailler dans un autre contexte. C’est le cas avec les arpeggios dans Acephale qui, d´une certaine facon, évoquent ceux de Meltintu. Je voulais utiliser ces idées de manière moins retraitée mais dans un contexte plus „house“, sur un morceau plus lent. J’envisage mon travail de production comme un prolongement de ma personne: il contient mes émotions et ma vie quotidienne. Les choses se forment, se déforment et se tranforment à travers le temps.“

 

 

Avec cette réponse, Joe anticipe ma question au sujet de son univers sonore, cette couleur, cette signature qu´il a méticuleusement établie et qui est, effectivement, particulièrement bien incarnée par les arpeggios. Une sortie toutefois, semble faire figure d´ovni au sein de sa discographie, son EP Fluenka Mitsu sorti sur Nous en début d’année. „Comme je le disais, quand je mixe mes morceaux, j’aime inverser les choses. Au lieu d’avoir le kickdrum ou le snare ou les hi-hats au premier plan, je vais travailler sur les choses qu’on entend habituellement peu, les incidents, les choses qui sont en arrière plan ou parfois gommées. Ici, je ne cherchais pas simplement à les utiliser, comme je l’avais fait avec l´album mais à en faire l’élément central du morceau tout en cherchant à les faire tenir ensemble sans kickdrum. Ce morceau tient grace à sa ligne de basse.

 

Je travaille sur les choses qu’on entend habituellement peu dans les morceaux de house,

les incidents, les choses qui sont en arrière plan ou parfois gommées.“

 

Séduite par cette explication mais toujours sceptique quant au résultat, je l’interroge au sujet de la longueur du morceau. Si chez un Villalobos ou chez le duo  Maurizio, cet espace dans le développement est captivant, j´ai pourtant l´impression que sur Fluenka’s Shelf, à partir d´un certain stade, mon oreille semble comme lassée et mon attention détournée. Joe insiste: „C’est probablement le morceau le plus long que j´ai produit mais il faut un certain temps pour justifier ce travail sur les petits bruits. Pour que tu puisses etre touché par ces sons lorsqu’ils sont joués sur un gros soundsystem, il faut que ton corps s’abandonne à la ligne de basse. Ce morceau ne pouvait pas etre plus court.

 

Amusé, il ajoute: „Ce n´est pas grave si tout le monde n’aime pas un morceau. Ce n’était pas ma préoccupation principale sur celui-ci. Pour poursuivre ma carrière, il me faut au moins 1/3 de productions que les auditeurs vont aimer, 1/3 de productions qui tout en étant intéressantes peuvent perturber et éventuellement le reste qui ne sera pas du tout compris. Ce n’est pas un calcul prémédité mais je pense néanmois qu´il est valable.“

 

Avant de se quitter, j’interroge Joe au sujet d´une découverte récente qu´il aimerait partager. Il choisit un EP de house signé Lady Blacktronica. „Le morceau que j’aime est un remix de Jenifa Mayanja, le B2. Je l’ai choisi car elle suscite très peu d´attention de la part de la presse. Elle fait du bon travail et d’un point de vue de DJ, ses morceaux contiennent toujours un ou deux éléments qui retiennent l´attention. Lady Blacktronica est une productrice new yorkaise de house. Ce sont des choses positives, je ne comprends pas pourquoi elle n´est pas davantage jouée ou bookée. Si ce morceau avait été produit par Omar S ou Theo Parrish, il remporterait un grand succès.

 

[Jenifa Mayanja – I Wanna Hold You. LB´s DL mix]

 

Joe conclut qu’il se réjouit de jouer aux cotés de Lorenzo SenniXosar et Anthony Naples. Ce dernier, ajoute-t-il avec un grand sourire, est un ami proche. Antipode des familles ? Rennes, la mission qui t´est désormais confiée, est de leur réserver l´un de ces accueils dont toi seul connais le secret.

NV

 

Le

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