Ada Kaleh – Introspectie EP (Ada Kaleh România)

Avec ses productions raffinées et ses artistes audacieux, la scène Roumaine est désormais bien connue du milieu de la techno minimale et micro house. Dans cette effervescence, le producteur de musique électronique et fondateur de son propre label Ada Kaleh Rômania, Iulian Cuculea, se démarque avec une techhouse exotique et affectée, qui se prête aussi bien à l’écoute domestique qu’au dancefloor. Fidèle aux aspects métriques de cette musique de danse, et en même temps singulier dans sa manière de se dégager des conventions, Ada Kaleh en dérange les codes en empruntant des éléments à d’autres genres. Sorti sur le versant limited de son label, Introspectie fait fléchir le genre techno en contrastant un processus répétitif nerveux, mais sobre, avec le déploiement d’une phrase mélodique et dramatique.

 

Composé de flux continus et de sauts associatifs, cette nouvelle pièce d’Ada Kaleh s’ancre dans un décor très affecté. En écho à son titre, Introspectie peut s’envisager comme un monologue intérieur, naviguant des contacts de surface aux ondulations abyssales. Le morceau s’ouvre sur l’écho flottant des grains d’un filed recording supposé. Habillé des hauteurs feutrées d’une série d’intervalles consonants, ces fluctuations granulaires rappellent un certain aspect physiologique, et forment comme les vasières de l’inconscient, un lit pour l’émergence d’expressions distinctes. Dès ses premières secondes, Introspectie formule les promesses d’un grand projet à venir. Le pattern se dessine sous la vivacité d’une rythmique désarticulée, et le kick lourd et massif s’affirme, entraîné dans son pas par une basse terreuse et syncopée. Chaque temps réverbère l’un des timbres de la rythmique, et la basse maintient le quatre temps dans le faux départ infini d’un groove décharné. Un hi-hat coupé est inséré entre chaque pulsation et termine la mise en place de la structure techno. De courts événements rythmiques et mélodiques apparaîtront, conduisant ou non de nouvelles situations, étant ou non rattachés à ce qui suit ou a précédé : les éclats de crashs volés au post rock relance le rythme ; une note de violoncelle synthétisée réaffirme le flux harmonique ; un événement tonal semble s’interroger soi-même et la pulsation s’arrête.

 

Développées sur plusieurs pistes et dans un même mouvement harmonique, les intervalles d’une longue phrase mélodique installent les strates d’un décor extrêmement profond. Ces nappes, dont les timbres rappellent simultanément ceux de l’orgue et du hautbois, ou l’aspect velouté de la clarinette, donnent l’impression d’un choral électronique qui tenterait de s’affirmer sous les rayons d’une lumière généralement éteinte dans le genre techno. Le caractère mouvant du filtrage harmonique fait sans cesse ressurgir des éléments précédemment entendus, et réactualise l’expérience d’écoute à chaque fois. Au second break, la luminosité de la phrase atteint crescendo son climax, avant que presque toutes ses couches ne s’éteignent au retour de la pulsation, pour qu’un fragment réapparaisse brièvement, comme éclairé par la rotation d’un phare. Se rappelant ces « moments » harmoniques après qu’ils se soient estompés, l’auditeur éprouve brièvement l’expérience d’une unité pourtant soustraite, par un mouvement furtif de la mémoire.

 

Une pulsation omniprésente (indiquant un temps alors que son invariabilité le dilue), et l’évolution des timbres des boucles (variant au cours du processus graduel) sont tous les deux des traits classiques de la techno. Mais ici, le corps rythmique est confronté à la construction d’un décor harmonique mouvant, dont la singularité d’effectuation contraste fortement l’aspect machinique de la techno. De cette manière, Ada Kaleh conserve la structure répétitive, bien que réduite et caractérisée, en même temps qu’il nous surprend avec un travail gestuel rempli de spontanéité. Il semble qu’Ada Kaleh s’attache à faire parler le processus, et à le faire parler en pleine conscience de son environnement, donc ému, affecté, épris de sentiment.

 

La séquence dramatique n’est pas juxtaposée comme un sample, mais plutôt émerge de l’intérieur du décor qui prépare son déploiement depuis les intervalles de tierces majeures dans les premiers instants du morceau. L’induction du développement mélodique diffère de la répétition en ce que cette dernière n’implique pas ses éléments comme un résultat de ce qui est survenu plus tôt. Cependant ici comme le support harmonique est continuellement actif, la phrase mélodique peut s’appréhender comme une part de la répétition. Ada Kaleh construit Introspectie sur la relation ambiguë entre deux temps différents et opposés qu’il cherche à réconcilier. Il affirme à la fois la verticalité du genre techno, et en même temps accentue la linéarité propre à la construction d’accords et d’intervalles consonants.

 

Ada Kaleh fonce le contraste entre deux temporalités, en même temps qu’il explore les conditions sous lesquelles ces éléments a priori hétérogènes pourraient s’entremêler. Introspectie, légèrement teinté de néo trance, foule à la cheville la répétition, ouvrant l’expérience de l’« évanouissement temporel » du genre techno à celle du déploiement harmonique de la musique tonale occidentale. La musique de danse s’investit d’une symbolique non plus exclusivement machinique, mais aussi affectée : l’auditeur trouve une organisation dont le fonctionnalisme reste une représentation puissante du mouvement émotionnel. Le contraste entre l’anticipation du temps de la techno et celle de l’harmonie tonale laisse une marge de manœuvre qui échappe à la signalisation de la structure unitaire. L’écoute devient intermittente plus seulement dans l’attention donnée à une graduation particulière, mais aussi dans un rapport mixte entre l’absorption de l’auditeur par le beat, la différenciation des timbres rythmiques, et le situationnisme émouvant de l’harmonisation. Il y a comme « un courant d’arrière cours » qui passe entre chacun de ces aspects, suspendant l’auditeur dans une forme de drame fictionnel, qu’il soit en train de danser en sueur sous les basses d’un système Funktion One, ou assis sur le strapontin d’un wagon de métro.

 

À travers son utilisation d’une sorte d’émulsion harmonique, Ada Kaleh foule la nature érosive de la répétition différenciée, favorisant une pluralité des modes d’écoute, de sorte que lors de l’écoute la pulsation puisse mettre par intermittence sa fonction réactive au service de l’environnement dramatique. Il est important de noter qu’Introspectie a nécessité quatre années de travail de sa conception à sa réalisation, ce qui excède largement les rythmes de productions des tracks destinées au club.

 

Ada Kaleh expérimente le seuil ambigu qui délimite deux expériences d’écoute : celle plutôt réactive, encouragée par la récurrence du temps de la techno, et celle plus mémorielle et indicative de l’organisation tonale. Placé à la frontière entre ces deux types d’écoutes, Ada Kaleh propose d’en éprouver la porosité. Avec Introspectie, il déploie rigoureusement, et dans un souci d’ergonomie, ces deux références — la grammaire discrétisée de l’harmonie occidentale et le paganisme indiscipliné de la répétition — pour créer une track unique et exotique.

 

 

JN.

Le

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